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Voltaire

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La roche Tarpéienne n’a jamais été aussi proche du Capitole

Publié le : 25/04/2017 à 19h24

Analyse du cabinet FairValue à la suite du premier tour de l’élection présidentielle 2017

 

Le 24 avril 2017

Cette sentence se révèle plus vraie que jamais … La roche Tarpéienne, lieu d’exécution capitale d’où l’on précipitait tous ceux que l’on croyait maudits des dieux, stigmatise en effet la période électorale actuelle où la meilleure façon de faire tomber un prétendant vers une chute mortelle est de commencer par l’inviter à monter le plus haut possible.

Ce jugement qui semblait de prime abord ne s’appliquer qu’à un seul des quatre candidats les plus en vue, par les affaires qui l’ont affecté en cascade, lui-même et sa famille depuis ces trois derniers mois, s’appliquera quoi qu’il arrive à n’importe lequel  des deux candidats qui se présentent aujourd’hui à la fonction suprême, en raison de l’extraordinaire difficulté, qu’il ou elle aura à gouverner.

Si selon le mot du Général de Gaulle, « délibérer est le fait de plusieurs, agir est le fait d’un seul »il y a donc fort à parier que le Président qui sera élu le 7 mai prochain va connaitre la position la plus inconfortable et sans doute aucun la plus périlleuse de la cinquième République.

Pour plusieurs raisons.

 

1/ L’héritage des précédents quinquennats

La période est rude pour le moins et la guerre économique et financière sans précédent que nous traversons depuis 2008 est loin d’être terminée en France et en Europe. Sans parler des questions géopolitiques et des migrants politiques ou économiques qui posent d’autres interrogations tout aussi redoutables quant à leurs réponses.

Les mesures qui devront être prises par le futur gouvernement au lendemain du 7 mai pour combattre le chômage, le terrorisme, les déficits, devront se montrer à la hauteur des situations de crise que nous traversons simultanément depuis bientôt 10 ans et il y a fort à parier que les coups d’éclat seront permanents si les réformes profondes et nécessaires dont notre pays a besoin sont mises en œuvre sans la vision et la rigueur nécessaires. Evidemment on me répondra que cela risque de se produire de manière radicalement opposée et à géométrie variable selon qu’il s’agisse du programme de l’un ou l’autre candidat restés en lice, dont les politiques divergent totalement, sur des points aussi stratégiques que les finances publiques, le code du travail, l’éducation ou bien encore l’Europe.

What so ever comme le disent nos anciens alliés européens anglais et néanmoins toujours amis, cela va secouer fort et quel que soit le niveau des réformes entreprises pour remettre la France à niveau, celles-ci devront être puissantes, rapides et sans appel, donc forcément impopulaires.


2/ Liberté contre Egalité : un clivage de plus en plus réel

Avec la disparition momentanée ou définitive des partis traditionnels, et l’ascension foudroyante d’un jeune politique français, ambitieux et talentueux à l’instar d’un personnage de Balzac, la montée du parti de M. Mélenchon reste l’événement le plus marquant et le plus inattendu de cette présidentielle.

Le tandem Macron/le Pen était attendu et il n’a pas déçu ceux qui prévoyaient ce pronostic.
En revanche, l’émergence spectaculaire du parti de M. Mélenchon est un signe majeur auquel peu accordent l’importance capitale qu’elle recouvre en ce lendemain de scrutin électoral et comprennent les significations qu’elle sous-tend pour l’avenir proche.

L’inconstance et le pessimisme traditionnels de l’électorat français, alliés de toutes les présidentielles depuis trente ans, ont été moins au rendez-vous de cette dernière élection que l’opposition flagrante entre les partisans de la Liberté et ceux de l’Egalité, qui elle, n’a jamais été aussi forte. Alors qu’il faut bien convenir qu’au barème de l’égalité, tous les dispositifs sociaux et fiscaux, dont on peut après contester l’efficacité économique et même sociale, placent la France en tête de la solidarité sociale, il semblerait qu’un vent anticapitaliste et révolutionnaire porté par M. Mélenchon et ses amis, ait envisagé de tout emporter sur son passage au nom de l’Egalité qu’ils considèrent comme insuffisante en France et au nom aussi d’un rejet brutal et massif des élites qu’ils estiment responsables de cette montée des inégalités en France, en Europe et dans le monde. Coïncidence étrange, cette radicalisation progressive s’est fait jour en même temps que celle des différentes propositions de Mme le Pen dont le programme rejoint en bien des articles celle du candidat de la France insoumise, notamment sur la nuisance et la sortie de l’Union Européenne.

Toutefois et alors que les français ont toujours eu la passion de l’Egalité et la tentation de l’égalitarisme, en particulier au moment des élections présidentielles, annonciatrices de renouvellement d’espérance, il semblerait, depuis dimanche, que la notion de Liberté ait marqué le pas sur celui de l’Egalité avec pour résultat le placement de M.Macron au firmament du premier tour.


Mais ne nous y trompons pas. La fracture profonde constatée hier dans les clivages électoraux sera durable et n’a rien d’une posture de circonstances. Aujourd’hui, malgré le Brexit, quitter l’UE ne fait plus peur.

Bien imprudents sont ainsi ceux qui considèrent depuis hier soir que la partie serait gagnée d’avance pour En Marche.

La France se veut de plus en plus égalitaire dans un système libéral, telle serait la leçon de la victoire partielle de M.Macron ? Que nous le voulions ou non n’oublions pas que nous évoluons dans le jeu politique des élites, qui par essence, sont de nature inégalitaire et le système de M. Macron ne pourra y faire exception.

Au final et quoiqu’il en dise, si il est élu, son gouvernement ne pourra être conduit que par un système aristocratique, car il n’y aura pas d’autre choix face aux enjeux et aux déterminismes français, européens et mondiaux dans lesquels l’expérience jouera un rôle clef.  Sinon, le jeu démocratique, la nécessaire moralisation de la vie politique et la nature humaine souvent jalouse et excessive feront le reste.


Et c’est alors que réapparaitra le spectre de la roche tarpéienne.

Sic transit gloria mundi